[142]: M. Royer-Collard disait un jour, en décembre 1841: «On n'est jamais sûr que, lorsqu'on vient d'entendre de M. de Lamartine un magnifique discours à la tribune, si on le rencontre dans les couloirs de la Chambre et qu'on le félicite, il ne vous réponde à l'oreille: «Cela n'est pas étonnant, voyez-vous, car, entre nous, je suis le Père éternel!» (Cahiers de M. Sainte-Beuve, p. 15.)

[143]: M. de Lamartine a écrit, dans un de ses Entretiens de littérature: «Les révolutions de 1814 et de 1815 auxquelles j'assistai, la guerre, la diplomatie, la politique auxquelles je me consacrai, m'apparurent, comme les passions de l'adolescence m'étaient apparues, par leur côté littéraire... Tout devint littéraire à mes yeux, même ma propre vie. L'existence était un poème pour moi.»

[144]: Cité par M. de Mazade, dans son intéressante étude sur M. de Lamartine. (Revue des Deux Mondes, 1er août et 15 octobre 1870.)

[145]: Dans ce discours, M. de Lamartine opposait, avec complaisance, aux temps calmes où chacun est classé, suit sa voie, les temps d'orage, «ces drames désordonnés et sanglants qui se remuent à la chute ou à la régénération des empires, dans ces sublimes et affreux interrègnes de la raison et du droit». Alors «le même homme, soulevé par l'instabilité du flot populaire, aborde tour à tour les situations les plus diverses, les emplois les plus opposés... Il faut des harangues pour la place publique, des plans pour le conseil, des hymnes pour le triomphe... On cherche un homme; son mérite le désigne... On lui impose au hasard les fardeaux les plus disproportionnés à ses forces... L'esprit de cet homme s'élargit, ses talents s'élèvent, ses facultés se multiplient; chaque fardeau lui crée une force, chaque emploi, un mérite.»

[146]: M. de Lamartine a rapporté plus tard cette conversation, dans ses Entretiens de littérature. Le langage prêté à Talleyrand est peu conforme à ses habitudes d'esprit, mais il montre au moins ce que M. de Lamartine désirait entendre.

[147]: Lettre du 10 décembre 1834.

[148]: Lettre du 12 avril 1838.

[149]: La correspondance de M. de Lamartine est remplie des épanchements de l'admiration qu'il ressent pour sa propre éloquence. Il l'exprime avec une sorte de candeur et aussi peu de gêne que s'il s'agissait d'un autre: «J'ai eu un grandissime succès (juin 1836).—Tu n'as pas l'idée de l'effet de ma dernière séance à la tribune (mars 1837).—Depuis les beaux discours de la Restauration, il n'y a pas eu d'effet de tribune si merveilleux (25 avril 1838).—Je viens d'avoir un tel succès que je n'en ai jamais vu de semblable depuis 1830 (1839).»

[150]: Lettres du 27 décembre 1834 et du 25 avril 1838.

[151]: Lettre du 10 octobre 1841.