Prédestinés à s’unir par la molle et voluptueuse euphonie de leurs noms grec[4] et latin, Vénus avec Adonis se rencontrent aux bords d’un ruisseau, où l’un rêve,

Il ne voit presque pas l’onde qu’il considère ;

où l’autre vient se poser et descendre de son char.

[4] Mais le nom grec d’Adonis procède d’un nom sémitique.

Vénus est assez connue. Rien de délicieux ne manque à cette abstraction toute sensuelle, si ce n’est précisément ce qu’elle vole ici chercher.

Une Vénus est bien difficile à peindre. Puisqu’elle porte toutes les perfections, il est à peu près impossible de la rendre véritablement séduisante. Ce qui nous captive dans un être, ce n’est pas ce degré suprême de la beauté, ni des grâces si générales : c’est toujours quelque trait particulier.

Quant à l’Adonis dont elle accourt se faire aimer, il ne laisse rien paraître, dans La Fontaine, de ce mystique adolescent qui fut adoré dans Byblos. Ce n’est qu’un très beau jeune homme dont on ne peut pas dire grand’chose, une fois qu’on l’a admiré. On ne peut en tirer, sans doute, que des actes agréables et magnifiques, qui suffiront aux Muses et satisferont la Déesse. Il est ici pour faire l’amour, et puis mourir : il n’y a pas besoin d’esprit pour ces grandes choses.

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Il ne faut pas s’émerveiller de la grande simplicité de ces héros : les principaux personnages d’un poème, ce sont toujours la douceur et la vigueur des vers.

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