Et quant à Adonis :

On ne voit plus l’éclat dont sa bouche était peinte,

On n’en voit que les traits.

*
* *

Vénus informée par les vents, Vénus accourue affolée, il ne lui reste plus qu’à nous chanter son désespoir, ce qu’elle exécute en déesse. Rien de plus beau que l’attaque et le développement de cette noble partie finale ; mais je trouve, d’autre part, à ces plaintes achevées une importance singulière. Presque toutes les qualités que Racine ne fera paraître que dans quelques années, distinguent cette suite d’une quarantaine de vers. Si l’auteur de Phèdre eût imaginé de la conduire sur le cadavre d’Hippolyte et de la faire exhaler ses regrets, je ne sais s’il eût pu leur donner un son plus pur et faire rendre à la reine désespérée une lamentation plus harmonieuse.

Il faut bien remarquer que l’Adonis est écrit vers 1657, une dizaine d’années avant l’épanouissement de Racine, et que dans ce discours funèbre dont je m’occupe, le ton, les enchaînements, le profil monumental, la sonorité même, sont parfois indiscernables de ceux que l’on admire dans ses meilleures tragédies.

De qui sont de tels vers ?

Mon amour n’a donc pu vous faire aimer la vie !

Tu me quittes, cruel ! Au moins ouvre les yeux,

Montre-toi plus sensible à mes tristes adieux ;