Nisus, ayant cherché son salut sur un arbre,
Rit de voir ce chasseur plus froid que n’est un marbre.
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C’est en vain que vaguement pareilles par leur conduite, comme elles le sont par les fluides mœurs et par l’incertaine espèce, à ces filles folles du Rhin qui tentèrent, sous d’autres cieux, de sauver le fauve Siegfried, les divinités des eaux s’efforcent de préserver Adonis. Instruites que les héros courent toujours directement à leur perte, elles essayent toutefois d’égarer celui-ci, et de lui faire manquer le rendez-vous de la mort. Elles opposent aux Destins ces plus beaux vers du monde :
Les nymphes, de qui l’œil voit les choses futures,
L’avaient fait égarer en des routes obscures.
Le son des cors se perd par un charme inconnu…
Les Destins se moquent des vers ; sans lesquels cependant, leur nom même serait tombé depuis longtemps du dictionnaire de l’usage. Les Naïades n’ont pas de prise sur l’âme de ce passant tout orientée à la mort. Adonis doit périr : il faut bien que tous les chemins l’y conduisent. Il entre au fort de la chasse, impatient de venger son ami Palmire qui vient d’être légèrement blessé ; il fonce, il frappe, il est frappé. Le monstre et le héros se meurent ; mais ils meurent dans le plus beau style. Voici le sanglier expirant :
Ses yeux d’un somme dur sont pressés et couverts,
Il demeure plongé dans la nuit la plus noire.