Quant aux Juifs, ils ne parlent des cieux qu’ils n’en célèbrent l’éloquence. Les nuits bibliques retentissent des louanges du Seigneur. Les étoiles, quelquefois, y paraissent confondues aux fils de Dieu, qui sont les anges, et cette innombrable tribu des esprits et des astres fait entendre à toute la terre une acclamation immense.

« Les cieux énoncent la gloire de Dieu, et l’ouvrage de ses mains est proclamé par le firmament. »

L’auteur des Psaumes ne trouve pas de termes assez énergiques pour exprimer toute la puissance de cette voix extraordinaire : « Le jour vomit au jour la parole divine, et la nuit enseigne la nuit. Ce ne sont point des babillages, ni de ces propos qui peuvent échapper à l’oreille, mais leur résonance se prolonge aux extrémités de la terre… Non sunt loquelæ neque sermones quorum non audiantur voces eorum. In omnem terram exivit sonus eorum et in fines orbis terræ verba eorum. »

Et Jéhovah lui-même dit à Job : « Les étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse. »


Pascal ne reçoit des espaces infinis que le silence. Il se dit « effrayé ». Il se plaint amèrement d’être abandonné dans le monde. Il n’y découvre pas Celui qui déclarait par Jérémie : Cœlum et terram ego impleo. Et cet étrange chrétien ne se trouve pas son Père dans les cieux… Mais au contraire, « en regardant tout l’univers muet, il entre en effroi, dit-il, comme un homme qu’on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable… »

Effroi, effrayé, effroyable ; silence éternel ; univers muet, c’est ainsi que parle de ce qui l’entoure, l’une des plus fortes intelligences qui aient paru.

Elle se ressent, elle se peint, et se lamente, comme une bête traquée ; mais de plus, qui se traque elle-même, et qui excite les grandes ressources qui sont en elle, les puissances de sa logique, les vertus admirables de son langage, à corrompre tout ce qui est visible et qui n’est point désolant. Elle se veut fragile et entièrement menacée, et de toutes parts environnée de périls et de solitude, et de toutes les causes de terreur et de désespoir. Elle ne peut souffrir qu’elle soit tombée dans les filets du temps, du nombre et des dimensions, et qu’elle se soit prise au piège du système du monde. Il n’est pas de chose créée qui ne la rappelle à son affreuse condition, et les unes la blessent, les autres la trompent, toutes l’épouvantent, tellement que la contemplation ne manque jamais de la faire hurler à la mort. Elle me fait songer invinciblement à cet aboi insupportable qu’adressent les chiens à la lune ; mais ce désespéré, qui est capable de la théorie de la lune, pousserait son gémissement tout aussi bien contre ses calculs.

Ce n’est pas seulement ce qui arrive dans le ciel, mais toute chose ; et non seulement toute chose elle-même, mais jusqu’à l’innocente représentation des choses, qui l’irrite et se fait haïr : Quelle vanité que la peinture… Il invente, pour les images que poursuivent les arts, une sorte de dédain du second degré.