—Celui qui plante un arbre n'a point passé vainement sur la terre... C'est ce qui est écrit.
Je regarde l'heure et suis étonnée du temps que j'ai passé ici. Juste à ce moment, Mansour revient, très agité, il parle vite. Roumana sert d'interprète.
—Il dit qu'il faut que tu partes, que tes serviteurs (ce n'est guère flatteur pour nos compagnons de voyage!) t'attendent. Il dit qu'il aurait voulu tuer un mouton en ton honneur, et que tu aurais dû passer chez nous sept fois sept jours.
Je la prie de remercier son mari de son aimable hospitalité et de lui dire que j'ai trouvé la maison splendide.
—C'est ta présence qui la rend belle, me fut-il répondu.
Je cherche un mot gentil dans mon plus que modeste vocabulaire, pour ne pas être en reste de politesse, et je crois l'avoir trouvé quand je répète mon sempiternel ketîr kouaïyis! en indiquant Roumana de la main.
Mais, derrière le maître, Abla s'est faufilée et elle ouvre sa bouche édentée comme si elle allait me jeter à la face un torrent de bile, aussi verdâtre que son teint. Le geste reste inachevé, heureusement... Mais elle nous coule un mauvais regard tandis que Roumana se rapproche de moi.
—Où vas-tu?
—À Palmyre, Tadmor.
—Tadmor, oh! c'est loin...