—Ce n'est pas un animal sauvage comme tu le crois, mais une chose divine que l'Orient ignore. C'est une heure incertaine et diaphane qui annonce la nuit et regrette le jour...
Je me laisse aller à parler du charme des feux clairs dans les pièces tièdes, quand on rentre du jardin gercé par l'automne.
Je me rends compte que je suis parfaitement ridicule et la sauce allongée dont j'accommode Samain, à quelques pas du désert, manque de sel.
Je rirais volontiers, mais Roumana est sérieuse et enchâsse précieusement chacune de mes paroles dans son souvenir.
Mansour surgit comme d'une trappe.
Je me lève. Roumana comprend. Souple et féline, elle se courbe à demi sur mon épaule, des larmes tremblent dans sa voix qui murmure: «Tu reviendras?»
Je n'ai pas le courage de massacrer son rêve. Et d'ailleurs, qui sait? Inch Allah!... «Oui, Roumana, je reviendrai...»
Et au même instant je donne mon regard d'adieu à ses grands yeux de gazelle. À pas lents, pour prolonger le départ, nous traversons la cour. Sur le seuil Roumana, tournée vers son mari, demande quelque chose avec ardeur, elle se fait plus petite, plus menue... Elle voudrait sans doute m'accompagner jusqu'à la rue. Mais les traits de Mansour se durcissent et, sans un mot, il étend son bras en travers de la porte.
Alors, arrêtant Roumana, qui veut me baiser les mains, je l'embrasse, comme une sœur, je l'embrasse et je m'enfuis. Un gémissement triste... oh! si triste!... Plus rien...
J'ai au cœur un pressentiment douloureux que ne parvient pas à dissiper la magie du soir.