— Bientôt sept heures, Laurence, je venais vous en avertir.

— Ah ! mon Dieu !

Cette fois, nulle torpeur n’alanguissait la voix sonore et vive. Des pas précipités coururent dans la pièce, dont le vieux plancher craquait. Bientôt une flamme menue et dansante apparut dans l’ombre. Elle grandit lentement, filtrant, en les colorant d’un reflet pourpré, à travers les doigts longs et frêles qui tenaient le verre de la lampe, et projetant enfin sa douce clarté sur le visage de Laurence. Celle-ci, éblouie, fermait les yeux. Ses lourds cheveux, à demi dénoués, retombaient d’un côté sur son épaule. Çà et là, quelques feuilles mortes restaient attachées aux plis de son corsage.

Déjà Ursule Tampin s’exclamait :

— Bonté divine ! ma chérie, comme vous voilà faite ! entièrement décoiffée ! et votre robe, là, voyez, je ne me trompe pas… pleine de boue ! Il faut vous changer, vite, vite !

— Non, je n’ai plus le temps et puis cela m’ennuie, déclara la jeune fille avec impatience.

— Que dira votre père, gémit Ursule désolée, s’il constate que vous êtes sortie, quand vous toussez encore et malgré sa défense formelle ! Vous ne pouvez paraître au dîner, devant lui, dans ce costume avec ces taches qui révèlent votre équipée : c’est de la folie, de la pure folie !

— Vous avez l’âme d’un lièvre, Ursule, reprit Laurence d’un ton bref et dédaigneux, vous tremblez toujours. Donnez-moi simplement un coup de brosse. La boue a dû sécher depuis deux heures, et mon père ne s’avisera pas, je pense, de regarder bien attentivement le bas de ma robe.

Ursule Tampin obéit en soupirant. Elle s’agenouilla devant sa jeune cousine et reprit peu à peu sa sérénité en voyant les taches jaunâtres qui mouchetaient le drap de la robe disparaître sous la brosse qu’elle maniait avec dextérité. Debout, le buste légèrement incliné, Laurence surveillait l’opération qu’elle interrompit bientôt :

— C’est parfait, merci, Ursule !