Son engageante grâce n’eut point raison de Laurence. Elle répondit avec une indifférence ennuyée :
— Ce sera tout à fait comme vous voudrez.
Il ne fut pas blessé de son impolitesse, au contraire, il s’en amusa. Une gaîté soudaine brilla dans son regard. Il ne put retenir un léger éclat de rire. Et comme elle le regardait surprise, un peu offensée :
— Je ris de votre amabilité parfaite, expliqua-t-il avec aisance, amabilité dont je n’ai encore rencontré nul exemple et que l’on pourrait comparer justement à celle d’une porte de prison. Vous êtes un peu décourageante, ajouta-t-il très doucement.
Alors, par un de ces revirements habituels à sa nature impulsive, Laurence fut saisie d’une folle colère contre elle-même. Elle se reprocha sa froideur, comme elle s’était reproché sa confiance. Cyril avait été bon et charmant. Spontanément, il l’avait recherchée la sachant triste et solitaire. Pourtant, sans raison, elle venait de refuser l’amitié flatteuse qu’il semblait vouloir lui offrir ; elle l’avait traité comme un importun, opposant à ses avances un mépris injurieux.
— Il ne faut pas m’en vouloir, dit-elle avec humilité. Je serais désolée de vous avoir blessé.
Sa bouche tremblait comme celle d’un enfant qui va pleurer. Cyril s’empressa de la rassurer.
— Blessé ! Nullement, chère madame. Vous n’êtes pas d’un naturel aimable, mais je suis loin de vous en faire un crime. J’aime assez les êtres farouches, à condition qu’ils ne le soient pas trop pour moi.
Elle lui tendit la main : son cœur s’épanouit.
— Je vous enverrai mon adresse pour réparer mes torts, dit-elle en riant. Et si vous voulez bien m’écrire de temps à autre et, plus tard, venir me voir souvent, vous me ferez le plus vif plaisir.