Je lui fis remarquer que les marins n’étaient vraiment pas ce qu’il y avait de mieux en Russie, puisqu’ils avaient commis toutes les atrocités possibles.

Et je fixai mon choix sur un dessin bizarre représentant trois colosses: le soldat, l’ouvrier et le paysan se tenant par les épaules.

Mon choix fut ratifié par Sténeberg et par les personnes qui étaient présentes.

Le dessin fut immédiatement fixé sur une immense pancarte, et ce fut elle que toute la journée la foule acclama, comme incarnant les idées qui lui sont si chères.

C’est ainsi qu’on entre dans l’histoire.

J’ai vu passer quelques-uns de ces cortèges d’images. Plusieurs représentaient—en images futuristes bien entendu—Nicolas II dans des attributs de cour et entouré de ses ministres, et aussi des personnages symbolisant la bourgeoisie. Ils étaient, ceux-là, destinés à être brûlés.

J’ai vu aussi, ce qui m’a surprise, pas mal de caricatures lamentables contre le clergé, et cela me déroute, la religion ayant tenu dans ce pays une place considérable.

Évidemment, il y a sous ce rapport de profonds changements. Le culte a été débarrassé de tout ce qui pouvait rappeler l’autorité religieuse de l’empereur. Les popes ont été les premiers à les supprimer.

Mais ce serait une erreur de croire que les églises sont désertes. Les hommes, du moins dans la force de l’âge, ne s’y rendent certainement plus guère.

Par contre, je crois bien que les femmes, les vieillards et les enfants y vont davantage, à toute heure, comme à un refuge où vient s’agenouiller leur misère.