Au fond, je n’étais pas fâchée de faire un peu la connaissance de la maison des bolcheviks, aujourd’hui célèbre. C’est là que se trament les terribles arrêtés.

En réalité, c’est un ancien institut de jeunes filles, de proportions grandioses, situé sur le bord de la Néva.

Il y a des sentinelles dans tous les coins, à toutes les portes. Ces hommes ont donc peur?

Dès l’entrée, un soldat m’arrête, en me disant de me rendre chambre 21, au rez-de-chaussée. Là je reçois un petit ticket rouge pour la chambre 36.

Un tas de gens, des soldats surtout, contrôlent les tickets. Décidément la défiance règne.

A la fin, on me fait monter au deuxième étage. L’escalier est vaste, à double évolution, avec des murs très blancs et une rampe en fer forgé.

Je m’engage dans un interminable couloir dont le plafond est en ogives. A droite et à gauche, des portes portant de grands numéros rouges.

A la chambre 36 une naine me reçoit, oui une naine, et, sur mes explications, me donne encore un ticket pour la chambre 81, où siège le commissaire de la Commune.

Dans ces parages je croise successivement un bancal, un bossu, une hydrocéphale, vraie vision de la cour des miracles.

Et je me souviens qu’on m’a dit que parmi les bolcheviks se trouvent de nombreux anormaux, comme si ces dégénérés, pour se venger de leurs misères physiques, de l’injustice de la nature, prenaient à partie l’humanité entière et avaient décidé de bouleverser toutes ses lois.