Chambre 81, un soldat prend mon papier et l’emporte. Je suis fébrile.
Un grand quart d’heure après, ce papier m’est rapporté, ô joie—avec une annotation à l’encre rouge. C’est la seule qu’emploient les fonctionnaires bolcheviks.
L’annotation dit qu’il n’y a aucun inconvénient à ce que je retire mes fonds. Néanmoins je suis priée d’aller chercher encore un visa au ministère des finances, 47, rue Moïka.
Quoi! ce n’est pas encore fini?...
Par bonheur, Lounatcharsky, que je rencontre en descendant, me met du baume dans l’âme, en me disant que tout ira bien...
Hélas! non, tout n’alla pas bien, car j’eus la malchance d’arriver au ministère des finances alors que le commissaire était parti pour Moscou.
En son absence un bureaucrate imbécile a écrit sur mon bienfaisant papier qu’il ne pouvait transgresser la loi. La loi ne me permet que de prendre sur mon argent 750 roubles par mois.
Dans ces conditions, il s’en rapportait à la décision du soviet de Moscou.
Alors il va me falloir aller à Moscou?
Ah! non, par exemple!