C’est toujours pour moi, non pas la course à l’abîme, mais la course après mes roubles.
Lounatcharsky est mon seul espoir, car ce pauvre Sténeberg, de retour de Moscou, lui-même n’a encore rien pu faire.
Lounatcharsky me dit, navré, visiblement:
—Je n’y comprends rien. Le visa n’est pas donné. Une difficulté nouvelle surgit au moment où je croyais que c’en était fini. Moscou a refusé parce que vous êtes Française. Mais ne vous découragez pas. Je fais un projet de loi, ayant pour but de faire rentrer dans leurs fonds déposés en banque tous les fonctionnaires de l’État. Vous êtes considérée comme fonctionnaire. Et vous savez, chez nous les projets de loi ce n’est pas long à réaliser, pas si long qu’en France.
Puisse-t-il dire vrai!
Je l’ai remercié et lui ai dit:
—Quel dommage que tous les bolcheviks ne vous ressemblent pas! Personne alors ne se plaindrait.
Lounatcharsky est devenu très rouge et m’a répondu:
—Je fais tout ce que je peux pour le bien général. J’essaye de réaliser un grand rêve.
—Et les autres, qu’essayent-ils?