Et ce fut un joli bouleversement dans la vie de la cité, un bouleversement qui nous a rappelé les temps mémorables d’il y a deux mois où le calendrier fit tout à coup, par ordre des bolcheviks, le saut de treize jours qui, je ne sais sous quel prétexte grégorien, mettait les pays slaves en retard de tous les autres pays du monde.

Mais, cette fois, les gens avaient été prévenus officiellement et rien ne fut changé dans les habitudes.

Tandis que pour cette modification de l’heure beaucoup de monde ne fut pas prévenu, et la journée du 17 mai fut la journée des fous, surtout pour ceux qui parlaient peu et comprenaient moins bien encore le russe.

J’arrivai chez le dentiste à trois heures—heure nouvelle. Comme, pour lui, ce n’était qu’une heure et demie, il était absent.

Je le vis arriver bientôt, mais au lieu de s’occuper de moi, il s’installa flegmatiquement pour déjeuner.

Je voulus expliquer à la femme de chambre que l’heure était changée. Comme les journaux n’avaient rien dit, ceux qui n’étaient pas au courant pouvaient croire qu’on déraisonnait.

Menus détails évidemment, bien minces événements au milieu de tant d’autres, si graves. Mais je les trouve significatifs de l’incohérence où nous vivons tous ici.

Bien que sous la tyrannie bolchevik et sous l’influence, pour ne pas dire le contrôle, des Allemands, la vie ici continue, sous toutes ses formes. Les gens se sont remis à leurs petites habitudes, les enfants vont jouer dans les squares; des musiques jouent dans les jardins publics; de petits vapeurs sillonnent la Néva.

Si la vie n’était pas aussi effroyablement coûteuse et les vivres si difficiles même à trouver, on pourrait, par instants, croire que rien ne s’est passé.

6 juin.