En fouinant un peu, j’ai découvert une miniature fort jolie qui m’a plu. Je lai achetée et me suis présentée pour payer au maître du lieu, un ancien comédien russe à ce qu’on m’a dit.
Cela m’amusait de le faire causer. Entre camarades on sympathise vite. Peut-être, en se liant, pourrait-il m’indiquer d’autres occasions. J’ai remarqué d’ailleurs qu’il était assez familier.
Or voilà que pendant que je discute le prix, j’entends quelqu’un l’appeler «Prince».
Renseignements pris, j’apprends que ce «cabot» n’est autre que le prince Poutiatine, de très grande noblesse et apparenté à l’empereur.
Ils sont des centaines ainsi.
Mais il en résulte que tous ces antiquaires et marchands de tableaux occasionnels vendent à tort et à travers. Je ne sais pourquoi, ils ont la manie d’attribuer les toiles les plus banales à des artistes célèbres. Ils le font de bonne foi et semblent atterrés qu’on leur rie au nez en voyant le chef-d’œuvre.
J’ai ainsi tout à l’heure été, par curiosité, voir un soi-disant Poussin et un soi-disant Velasquez chez un bourgeois ruiné.
Je l’entends encore me dire:
«—En 1913, à la salle des ventes, un Velasquez a fait un million. Avec la cherté de la vie, je veux beaucoup plus du mien.»
Son Velasquez était de n’importe qui et ne valait pas cinq cents roubles.