Il n’y a plus de doute, le grabuge recommence. On entend distinctement la fusillade et le canon.

Me voilà bien. Le quartier où je suis est le plus visé de tous dans des cas comme celui-là.

Nous dînons justement dans le jardin. Un obus sûrement va nous y écraser tous.

Bah! tant pis. Nous achevons le dîner, mais nous mangeons maintenant sans appétit. La bataille fait rage.

En réalité, pourquoi se bat-on, et qui donc se bat? Ce ne sont tout de même pas les Allemands qui arrivent venger Mirbach?

Bientôt quelques nouvelles un peu précises nous parviennent:

Ce sont les bolcheviks qui veulent déloger les Social Révolutionnaires de la caserne des Pages, où ils se sont abrités.

Absurdes luttes entre hommes de la même patrie, de la même race et tous socialistes qui s’entre-tuent stupidement, furieusement, lorsque, dans l’ombre, un ennemi autrement plus formidable approche!

Vers neuf heures le feu cesse. Les manifestants en ont assez probablement et vont se coucher.

Je rentre chez moi facilement, comme à l’ordinaire, par un honnête véhicule qui m’a ramenée sans encombre.