Un ami me dit qu’il a eu la témérité d’inviter une dame à faire chez Ernest un petit dîner fin ou qualifié tel.
Voulant bien faire les choses, il a commandé des hors-d’œuvre, du potage, du poisson, une côtelette de veau aux haricots verts, un plat sucré, deux bouteilles de champagne, du café et un quart d’eau-de-vie.
Il en a eu pour 2,300 roubles.
Et il n’y a qu’à payer. Sinon un garde rouge est requis qui emprisonne immédiatement le «sale bourjoui».
18 juillet.
Le choléra continue ses ravages: 980 cas aujourd’hui. Mais les gens s’affolent et voient le choléra partout.
Moi-même, tantôt, je me suis épouvantée d’un homme qui gigotait par terre en tenant les mains serrées contre son ventre. Une voiture de la Croix-Rouge venait d’arriver, mais, tandis que les infirmières se prodiguaient, on a reconnu qu’il cachait contre sa poitrine une bouteille à demi remplie, j’éclate de rire. Ah! que c’est bon de rire! On laisse là cette brute au milieu de la rue.
On aurait tort, pourtant, de ne pas prendre des précautions.
Trotsky et Lénine, eux, ont su en prendre, mais d’une façon... énergique qui mérite d’être inscrite dans l’histoire de cette extraordinaire époque.
Je l’ai appris, du moins, par un ami qui m’a fait tout à l’heure le récit suivant que j’ai fidèlement noté: