«—Je connaissais Ouritzky de vue. Je résolus de l’attendre au ministère des affaires étrangères et de le tuer, espérant ainsi arrêter les exécutions que je savais être imminentes.

«Ce que j’avais décidé s’accomplit exactement. Quand je vis que Ouritzky était mortellement atteint, je pris la motocyclette qui m’attendait à la porte et je m’enfuis par la Moïka, puis la Mochkoff Péréoulok. Je descendis de ma machine devant le numéro 17 de la Millionaya, je m’engouffrai alors dans la cour, puis dans un escalier de service où j’aperçus, par hasard, la porte ouverte d’un appartement. J’y entrai, et ayant trouvé un pardessus accroché dans l’antichambre je le pris et sortis par l’autre porte, en prenant la précaution de descendre par l’ascenseur. Malheureusement, en arrivant en bas je me heurtai à deux hommes et à une femme qui tentèrent de m’arrêter. Je me mis alors à tirer au hasard dans le tas, mais je fus vite désarmé par des soldats accourus au bruit des détonations.»

Il court encore un autre bruit, mais je n’ose y croire. On dit que Trotsky, ayant voulu se rendre compte de la situation occupée par les Tchéco-Slovaques, partit en aéroplane et que le pilote le conduisit directement dans les lignes ennemies, où il atterrit, et qu’à l’heure actuelle il est prisonnier. Je le répète, ce n’est qu’un simple bruit auquel je ne crois guère; cependant, ce qui est certain, c’est que depuis plusieurs jours on ignore absolument ce qu’est devenu le terrible commissaire de la guerre et que le bruit de son arrestation et de sa mort persiste.

Quant à Lénine, un attentat vient d’avoir lieu contre lui, hier matin, à Moscou. Il a été blessé simplement à la main, disent les journaux. Cependant dans ceux du soir il est dit que la blessure est beaucoup plus grave qu’on ne l’avait d’abord cru.

Les meurtrières, car il s’agit de deux femmes, l’attendaient à la sortie du meeting et tirèrent en même temps sur lui. Une balle l’atteignit au cou et l’autre à la poitrine; elles n’ont pas encore été extraites. Le bulletin de ce jour annonce 104 pulsations. Chaque jour un bulletin sera publié pour tenir le peuple au courant.

C’est tout à fait comme pour un souverain.

31 août.

Décidément, les choses vont bien mal.

Pour combien de temps encore sommes-nous ici, hélas!

Hier, à 5 heures, une perquisition a eu lieu à l’ambassade d’Angleterre; pourtant elle est placée sous la protection des Pays-Bas. Les Anglais ont tiré sur les gardes rouges qui venaient pour perquisitionner. Un Anglais a été tué et un soldat bolcheviste a été blessé.