Quel événement sensationnel, inattendu!

Ouritzky, le tyran de Petrograd, l’âme damnée du bolchevisme, a été assassiné.

Un soupir de satisfaction s’échappe—on peut le dire—de toutes les poitrines.

Il semble que l’air est plus léger. Ouritzky a été tué hier d’un coup de revolver à bout portant par un étudiant nommé Kanegiesser. C’était un juif appartenant à un autre parti.

Malheureusement on a pu l’arrêter. Quel dommage!

Il faut être brave pour oser, à pareille heure, faire le geste. En faisant disparaître un individu, cet homme en a peut-être sauvé des milliers.

Ouritzky, c’était le Marat de la révolution russe.

J’ai, sans m’en douter, assisté à la chasse et à la prise du meurtrier.

Vers midi, ayant entendu tirer, je me suis mise à la fenêtre. D’abord je ne vis rien qu’un barrage de gardes rouges placés à chaque issue de la rue et qui demandaient aux passants leurs passeports et interdisaient aux voitures l’accès de la chaussée. Intriguée, je demeurai un moment à mon balcon, et vers midi un quart je vis passer une voiture remplie de soldats et, au milieu d’eux, un homme étendu. Je crus que c’était un blessé, mais je dus faire erreur. C’était certainement Kanegiesser qu’on emmenait. Ce n’est que plus tard, au consulat du Danemark, que j’appris la vérité; mais on doutait encore, cela semblait trop beau. Pourtant, à deux heures, le bruit était confirmé.

Voici comment Kanegiesser raconte son crime, ou plutôt son acte de justice: