Hélas! nous ne partons pas aussi vite que nous l’espérions! Les bolcheviks émettent des prétentions exorbitantes, qui sont inacceptables.
Chaque jour surgit quelque complication nouvelle, juste au moment où nous croyions pouvoir espérer.
On dit aussi qu’en cas de départ il ne nous sera permis d’emporter qu’une seule robe, une paire de chaussures et très peu de linge. Il nous faudra laisser toutes nos affaires. C’est dur. Mais on s’y résoudra pour partir. Cela devient pour tous une véritable hantise, d’autant plus que nous savons la tournure nouvelle que prennent les événements en France. Les journaux d’ici, tous à la solde des Boches, ont beau faire la conspiration du silence, nous savons, nous sommes sûrs que les Alliés, maintenant, ont la victoire, qu’elle marche à grands pas.
Tout le monde, d’ailleurs, veut quitter Petrograd, du moins tous les gens qui peuvent réfléchir et qui sentent tout ce qu’il y a de lamentable dans cette réorganisation sociale qui repose sur tant d’utopies. La Russie va à un désastre. Les vrais Russes, ceux qui ont encore dans le cœur le sentiment de la patrie, veulent partir aussi, partir à tout prix, dans la direction de l’Ukraine, qu’on dit être un pays calme.
Les gens ne savent quel subterfuge inventer. Un banquier, que je connais, s’est camouflé en comédien et part avec une troupe qui va donner des représentations à Odessa.
En dehors de l’Ukraine, je crois qu’on se bat partout en Russie. Dans tous les journaux bolcheviks, qui sont seuls à paraître avec les journaux allemands, on lit que les troupes des soviets remportent des victoires.
Mais un rédacteur de la Gazette rouge (Crasnaïa Gazette), à qui l’on demandait des renseignements à ce sujet, n’a pas craint de dire à ce sujet:
«Lisez le journal à l’envers, vous connaîtrez la vérité.»
Tout bas on espère que les Tchèques arriveront à Moscou.
30 août.