La sentinelle finlandaise nous dévisage avec pitié. Je me sens oppressée. Je regarde Roggers. Nous nous comprenons! Pourvu qu’on nous ouvre. Sinon nous devrons passer la nuit assises sur nos malles. Qu’importe! nous sommes décidées à tout, sauf à rebrousser chemin.
Mais un soldat finlandais vient nous demander nos passeports. Je lui remets la carte du consul norvégien, qu’il doit porter au commandant. Si on allait nous refuser le passage par la Finlande? Vingt minutes—vingt heures—s’écoulent. Le soldat revient. Je cherche à deviner sur son visage la réponse qu’il nous apporte. Elle est bonne, car il nous sourit. La sentinelle fait glisser la barrière. Enfin, mon cœur saute dans ma poitrine. Nous passons et je piétine avec ivresse la terre finlandaise.
Un employé des chemins de fer est là que nous interrogeons. En quelques mots, il nous explique que dans son pays, à quarante minutes de chemin de fer de l’enfer soviétiste, tout fonctionne admirablement, les trains, le ravitaillement, la lumière, le téléphone.
Tout est calme!
Ce mot-là me semble immense...
La vie va être possible sans angoisse.
. . . . . . . . . . .
Et je me suis mise en route pour retourner vers mon pays.
Tout autour de moi il y avait de délicieux paysages accidentés où les sapins se profilaient sur le ciel rose.
Cette teinte rose qui incendiait le ciel était devant moi, dans la direction que je prenais, tranquille enfin.