J’arrive sans encombre à la Fourchtatskaïa, grande rue où demeurent les amis chez qui je me rends. Ils habitent au troisième étage et je serai chez eux en sécurité.

Ce sont des gens charmants qui me font fête. Ils m’expliquent que ma maison est particulièrement visée. Il paraîtrait que mon concierge est de la police. Il aura été dénoncé tout de suite, et c’est ce qui nous a valu la visite indésirable de tout à l’heure.

Chez mes amis, les fenêtres ne sont pas matelassées; nous regardons, curieux.

Des automobiles, chargées de soldats, passent sans discontinuer. Ces soldats sont armés de fusils et de revolvers. Il ne passe pas d’autres voitures. On me dit que le gouvernement vient de réquisitionner toutes les voitures.

L’ère des mesures répressives violentes va-t-elle commencer? Alors, que de conflits en perspective! Le gouvernement a-t-il les moyens nécessaires? A-t-il l’autorité morale surtout? Nous avons tous l’impression de vivre sur un volcan.

On tire sans arrêt. Où, exactement? Il est impossible de le fixer. Mais on tire, cela est certain.

Voilà la nuit venue. Les coups de fusil retentissent toujours et, par moments, le crépitement sinistre des mitrailleuses.

Dans la maison de mes amis, des gens apportent, de la ville, des nouvelles de plus en plus mauvaises.

N’y a-t-il pas là une part d’exagération? Je ne sais pas. Je n’ose le croire.

On raconte que, cette après-midi, des émeutiers ont obligé un vieux général, qui commandait l’arsenal situé au coin de la Lithine et de la Sergnievskaïa, à sortir de son bureau.