Avec le retour de l’empereur coïncide celui de régiments de la garde, impitoyables ceux-là, on le sait, contre les révolutionnaires.

On assure qu’ils sont revenus exprès du front, où pourtant les affaires de la Russie sont de plus en plus mauvaises.

Mais comme la guerre semble loin! Il n’y a que les événements de Pétrograd qui comptent. Quels événements, au juste? Les journaux sont muets. Plusieurs, qui auraient voulu parler, ont été suspendus pour plusieurs jours.

Et, cependant, il paraîtrait que la révolution fait des progrès. Tous les soldats, en dehors des troupes de la garnison, marchent avec le peuple et vont, en chantant, manifester devant la Douma, drapeau rouge en tête.

Un tribunal révolutionnaire a été constitué pour châtier les policiers que les émeutiers ont surpris installant, avec la complicité des dvorniks, gardiens d’immeuble, des mitrailleuses sur les maisons.

Le châtiment est immédiat, et l’on devine en quoi il consiste.

Je me suis risquée à sortir. Vais-je donc m’habituer à cette existence extraordinaire? J’ai été voir, dans le quartier, le commissariat de police. Il est incendié, comme ils le sont tous à ce qu’il paraît.

Sur le sol gît un énorme tas de papiers, qui n’ont pas achevé de se consumer.

Des gamins, des femmes, des soldats même, considèrent curieusement ce spectacle.

Quelques feuilles noircies s’envolent devant moi. Les enfants se précipitent, afin d’essayer de les attraper.