Je me risque, quand même, à faire le trajet, mais les clameurs redoublent; les gens, devant moi, continuent de s’enfuir et, prudemment, je ne m’aventure qu’en m’abritant de porte en porte.

Et, comme en courant je veux traverser un carrefour, des balles sifflent à mes oreilles, indiscutables, celles-là, précises, sans qu’il me soit possible de dire, cependant, d’où elles viennent.

Une femme, qui se trouve auprès de moi, porte la main à son front, comme si elle allait s’évanouir, et elle tombe, ainsi qu’une masse.

Près d’une église, je glisse sur une large flaque de sang, déjà gelé—il fait douze degrés au-dessous de zéro... La fusillade a dû faire là une victime.

Je cours devant moi, très troublée, telle une femme ivre. Cette journée, où j’ai reçu le baptême du feu, sera inoubliable dans mon souvenir.

J’arrive glacée à la maison et je suis ainsi qu’une loque lorsque le concierge me met dans l’ascenseur.

Cet homme a le masque impassible des autres jours, la même solennité de parfait valet, le même uniforme à larges boutons.

Sans même s’apercevoir que je suis dans un état de fébrilité extraordinaire, il fait sa besogne machinale, de son sourire le plus béat.

Nitchevo!...

29 février.