Ah! le grand mot! Le mot solennel!
En réalité, c’est un mélange pénible de gens de toutes sortes, venus on ne sait trop d’où, vêtus surtout de costumes très sales et qui se plaisent à tirer des coups de fusil, au hasard, pour faire du bruit. Ils marchent par groupes de quarante à cinquante, sans ordre, en parlant très fort.
Ils ne sont pas impressionnants. Ils sont pitoyables et l’on a grand soin de les éviter.
Maintenant que je suis sortie de la zone dangereuse, je remercie mon cavalier et je prends un «isvotchik» (fiacre), car les moyens de transport ordinaires se trouvent encore, offrant leurs services à deux pas de l’émeute.
Excellente affaire, d’ailleurs pour eux, car on ne pense pas à marchander.
«—Quel prix?»
L’isvotchik m’a jeté un prix. J’ai fait un signe de la tête et à l’arrivée j’ai payé, machinalement, sans réfléchir au chiffre inaccoutumé, excessif, de ces quelques minutes de transport pour rentrer chez moi.
J’ai, d’ailleurs, du mal à arriver jusqu’à ma demeure. Une longue file de chariots passe, chargés de caisses de munitions et menés par la garde rouge. Je me fais toute petite sous la capote relevée, car il pleut. Les chariots s’éloignent.
Mon portier me prévient que dorénavant ma porte sera fermée après six heures, qu’il faudra passer par les communs et remettre au soldat de faction—la maison étant considérée comme suspecte et devant être gardée—un papier prouvant que je suis locataire.
Il est donc impossible de recevoir aucune visite après six heures du soir.