Une fois le pillage terminé, une fois les meurtres accomplis, les misérables se dispersent ou repartent, groupés, en vociférant.
Mais en dehors du lieu attaqué, la vie n’a pas été troublée, la vie continue, presque normale, les tramways circulent, les enfants jouent sur les promenades, les acheteurs vont dans les magasins, comme si rien ne s’était passé.
Et cela fait que, si même on s’est trouvé en danger à quelque moment, par suite des circonstances ou d’un malencontreux passage justement en un endroit attaqué, ainsi qu’il m’arriva de le faire tout à l’heure, on garde—une fois le danger passé—une curieuse sérénité.
Sur le moment, l’impression a été terrible, mais à voir la vie reprendre ainsi tout autour, l’horreur s’estompe vite.
J’éprouverais presque, maintenant que je suis sortie indemne de ce péril où je m’étais aventurée, une certaine satisfaction à avoir connu cet instant-là.
Je me rappelle que, tandis que j’étais couchée à terre, ma grande préoccupation était de préserver les oreilles du petit tigre d’ivoire de mon en-cas.
L’ami à qui je raconte cette impression me dit que c’est là une forme bien connue de l’émotion. Il ajoute même «de la peur»: on attache sa pensée à des choses infimes, au moment même le plus dangereux.
Et je proteste en riant:
«—Moi, j’appelle cela, au contraire, du sang-froid!»