«—Et de la France!» fait une autre voix.
C’est que chacun a la même pensée.
Quoi qu’il arrive, quelle que soit l’intensité de la lutte, il faut absolument que le théâtre français, où l’on joue en français, continue ses représentations, jusqu’au bout.
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Nous commençons à répéter, mais bientôt le régisseur accourt. Il pense qu’il est plus prudent de rentrer chacun chez soi, car on attend, à cinq heures, les troupes amenées par Kerensky, et il y aura certainement des batailles dans les rues.
Je me hâte vers l’hôtel de l’Europe, où je sais trouver des amis. Je demande à l’un d’eux de m’accompagner. Nous prenons par le Newsky, afin d’éviter l’Ingenieurnaïa, où l’on dit qu’il se passe de terribles choses.
Cet ami m’explique les raisons qui ont motivé tout à l’heure cette fusillade, à laquelle j’ai échappé. Ce sont les bolcheviks qui ont attaqué l’école des Cadets. Ils ont massacré les élèves. Ces malheureux jeunes gens, sans armes, n’ont pu opposer aucune résistance. Le tramway passa au moment précis de l’attaque.
Dans cet extraordinaire pays, toutes ces violences—si sanglantes pourtant, comme dans ce cas—se commettent, non dans de grands mouvements de foule, mais on pourrait dire par petits paquets.
Il suffit de deux ou trois cents manifestants armés et décidés. Ils attaquent un point, dans la ville. L’attaque se déroule, sans que personne intervienne; pas de badauds, comme il y en aurait tout de suite, et par milliers, à Paris. L’apathie russe fait que les gens au contraire, sachant que l’on tue et que l’on pille à proximité, se barricadent chez eux.
Et l’émeute reste limitée au point voulu.