Le tramway s’arrête enfin devant l’hôtel de l’Europe. On entend tirer de tous côtés. Je me réfugie, au hasard, sous une porte.

Mais j’arrive au but. La place Michel n’est pas loin, et avec elle, le théâtre.

Je prends mon élan et tout d’une traite j’arrive essoufflée, défaillante, à la chère maison.

Vraiment j’ai quelque mérite de venir répéter dans ces conditions!

Je ne suis pas seule, d’ailleurs. Une camarade venue d’un autre quartier à passé par le même genre de péripéties. On a tiré sur elle quand elle a traversé la Morskaïa. La pauvre petite est livide.

Va-t-on répéter dans ces conditions?

Est-on en nombre suffisant?

Mais oui, tout le monde est à son poste.

On se regarde, très émus, un peu pâles. Mais contents, bien contents d’être là, d’avoir montré que les comédiens français avaient du cran.

«—L’amour de l’art!» murmure quelqu’un.