16 novembre.

Je me suis risquée à sortir un peu.

Cette vie est trop étouffante. A moins d’être clouée au lit par la maladie, on ne peut demeurer plus d’un jour dans un appartement complètement clos, qui ne reçoit l’air que par un minuscule vasistas qu’on n’entr’ouvre qu’avec crainte. Il fait si froid et si humide.

Les nouvelles sont mauvaises.

La guerre civile fait rage, Moscou est encore plus éprouvé, à ce qu’il paraît, que Petrograd.

On dit qu’il y a des tranchées dans la ville et que l’admirable Kremlin est bombardé, parce que des partisans de l’ancien gouvernement s’y sont réfugiés.

Les révolutionnaires se seraient emparés du dépôt d’alcool, et la foule, enivrée, n’ayant plus de frein, envahit les maisons du voisinage pour les piller.

Un ami, qui est arrivé à prendre le train et à s’échapper de Moscou, me raconta qu’avant-hier au soir, vers dix heures, la garde rouge est arrivée chez lui. Il avait un portefeuille renfermant 30,000 roubles qu’il eut la présence d’esprit de lancer dans son lustre. Ce lustre était en forme de coupe.

Il s’est avancé vers les soldats et leur a dit:

«—Qu’attendez-vous pour sortir, maintenant que vous m’avez tout pris?»