J’ai des bottines très usagées dont j’avais fait cadeau à ma femme de chambre et que je lui ai reprises pour la circonstance.

Je ne tiens pas du tout à être invectivée par ces brutes de la garde rouge, qui me feraient un mauvais parti et ne se gêneraient pas, si mes vêtements leur semblent trop somptueux, pour me déshabiller en pleine rue.

C’est ce qui est arrivé à plusieurs personnes dont on me conte la triste aventure avec des précisions qui ne laissent aucun doute.

On a même déjà donné un nom à ces bandits qui s’acharnent spécialement sur les «toilettes» des passantes. Ces «Houlligan», comme on les appelle, travaillent pour leurs aimables compagnes, qui apprécient fort surtout les fines chaussures. Il est vrai qu’une paire coûte trois cents roubles.

On m’a cité aussi un vieux monsieur qui, ayant la terreur des bolcheviks, passe ses journées... au bain public, certain que là ils ne viendront pas le chercher.

7 décembre.

Les jours d’angoisse continuent... on vit claustré dans l’appartement aux fenêtres murées. L’électricité, par bonheur, fonctionne, du moins à certaines heures.

De temps en temps il faut absolument prendre l’air, pour échapper à cet étouffement, à cette tombe, et l’on se risque à des promenades, qui permettent d’obtenir quelques nouvelles.

Hier, je me suis décidée, comme les dernières journées avaient été un peu plus calmes, à accepter à dîner cher de bons amis qui habitent tout près du Palais d’Hiver.

«—Imprudence! avaient dit les gens autour de moi. Les caves du Palais d’Hiver sont trop tentantes. Leur pillage est imminent.»