Heureusement que le théâtre Michel produit lui-même son électricité.

Je me risque jusqu’à la chère maison. Les rues sont plus tranquilles.

Daumerie, notre régisseur, est admirable de calme. Il veut que, même au milieu de cette tourmente, nous continuions à répéter. C’est tragique.

Pourvu que les bolcheviks nous laissent jouer!

Jusqu’ici ils n’ont pas montré, vis-à-vis de la troupe française, des sentiments hostiles. Au contraire. Mais quelque jour ne trouveront-ils pas qu’il y a trop de «bourgeois» parmi ces spectateurs?

Et puis, vraiment, on ne se sent guère l’esprit à jouer des fictions au théâtre, lorsqu’une tragédie pareille se déroule réellement à côté, souvent même sous nos yeux.

Il y a des moments où je me dis qu’il faut regarder le danger bien en face et pas avec cette sorte de désinvolture que nous nous efforçons d’avoir sous prétexte d’énergie, sous prétexte d’attitude crâne, bien française.

Ce serait terrible de se faire assassiner bêtement par une de ces brutes. Il y a des précautions indispensables qu’il serait insensé de ne pas prendre.

Il faut passer le plus inaperçu possible.

Plus que jamais je ne sortirai qu’avec un vieux chapeau, un manteau de drap très sombre dont je rentre à l’intérieur le col de fourrure. Tant pis si j’ai froid aux oreilles.