J’ai appris que la troupe des comédiens français est assez bien vue des autorités bolcheviks.

Lorsque en effet celles-ci ont pris le pouvoir, les acteurs russes des théâtres de Petrograd se sont tous mis en grève et, longtemps, il n’y eut plus de spectacles.

Les acteurs français, eux, n’ont pas bougé, car toute cette politique intérieure de la Russie ne nous regarde pas.

Il arrivera ce qui pourra. Nous aurons combattu pour l’art français jusqu’au bout...

En sortant de la Serguievskaïa, j’avais pris, selon mon habitude, un isvotchik, qui me conduirait à ma répétition.

Le coup de canon annonçant aux habitants qu’il est midi venait de retentir quand j’aperçus un soldat, manifestement pris de boisson, qui déambulait la casquette sur l’oreille, mais un fusil sur l’épaule.

Soudain, je le vis diriger son arme dans ma direction. Brusquement, je disparus de mon mieux sous la couverture, dans le fond de mon traîneau.

La balle passa bien au-dessus.

Mais si j’étais restée assise, certainement la balle me tuait.

Et j’ai compris ce qui m’a valu cette délicate attention: je portais une toque faite de queues de zibeline dont deux queues menaçaient gentiment le ciel.