On dit que l’empereur a sévi, que le grand-duc assassin est exilé en Perse.

Mais on a l’impression que dans le peuple cette fin de Raspoutine est un soulagement immense.

Tout le monde, même au théâtre, ne parle plus que de cet assassinat.

23 février.

Décidément, ce beau grand-duc, dont la prestance reste inoubliable en mon souvenir, a, par son geste tragique, changé bien des choses, dans ce singulier pays. Il règne à Petrograd une effervescence inaccoutumée. Des pelotons de cosaques circulent. Des devantures hâtivement se ferment, sans qu’on se rende compte exactement du danger qui menace.

Y a-t-il un danger? Le théâtre Michel joue comme à l’ordinaire. Nous répétons même, en spectacle nouveau, l’Idée de Françoise. Notre petite troupe, qui comprend Henriette Roggers, Lucienne Roger, Renée Baltha, André Dubosc, Francen, Hasti, Colin et moi, travaille avec le même zèle.

Personne n’a de précisions sur les nouvelles; on sait seulement que, du côté russe, la guerre ne va pas bien et que, sur le front de France, on n’avance pas.

L’assassinat de Raspoutine changera-t-il quelque chose?

Une amie que je vais voir à l’hôtel de l’Europe me confirme mes appréhensions. On parie de troubles sérieux et on lui a conseillé de ne pas sortir.

24 février.