Je suis allée au théâtre pour la répétition générale de l’Idée de Françoise et j’ai dû passer par le Newsky. Il est midi et demi. Le calme règne. Les promeneurs se pressent nombreux, comme à l’ordinaire. Un beau soleil fait resplendir les ors de la cathédrale de Kasan, cette merveille. Je fais même un détour pour aller m’acheter une ombrelle.
Soudain le décor se transforme, comme sous une baguette magique... Au lieu des paisibles promeneurs de tout à l’heure, des gens inquiets, des femmes qui parlent à voix basse et vont aux nouvelles.
On entend une galopade qui se rapproche. Tout le monde cherche à se garer.
Ce sont les cosaques.
Pourquoi?
Où sont les manifestants? Dans quelle direction?
La trombe des cavaliers passe, sinistre. Toute la circulation est interrompue. Des tramways surchargés de monde encombrent l’entrée des voies adjacentes.
Mon auto essaie de passer. Heureusement deux officiers qui, probablement, m’ont reconnue, l’escortent jusqu’à la Kaniouchnaïa. Sans cela je ne serais jamais arrivée.
J’arrive au théâtre Michel, quelque peu émue.
Dans ce quartier-là, il n’y a pas eu de tumulte. Les gens écoutent avec incrédulité le récit de mes émotions.