13 janvier.

Munie de ma demande d’autorisation pour retirer mes fonds, je me rends à la Banque d’État, dans l’espoir de voir le ministre des finances.

Le mieux est de m’adresser à lui, directement.

Pourquoi pas?

J’ai l’impression que toute cette bureaucratie bolcheviste doit, à cette époque surtout, être un enlisement.

D’un trait de plume, le ministre, lui au moins, me donnera satisfaction. Il ne peut pas, il ne doit pas refuser cela à une Française. Mon nom, certainement, ne lui est pas étranger.

A la grille, des soldats m’arrêtent. Je dois, à travers les barreaux, montrer mon papier, qui porte le sceau bolchevik. On me laisse alors pénétrer dans la cour, d’où je gagne l’entrée principale.

Hélas! il y a là une foule inimaginable dans tous les coins. Venue tout entière dans le même but, obtenir la permission de retirer les fonds, ou tout au moins une partie des fonds qui sont en dépôt. Les dépenses nécessaires à la vie sont si formidables que ce problème est impérieux pour tout le monde.

Je me trouve prise dans le remous et, je ne sais pourquoi, je suis saisie de l’idée fixe que si un incendie se déclarait, si une panique, pour quelque raison, se produisait, nous serions tous étouffés.

Je monte à grand’peine à l’étage supérieur, moins encombré de monde, le «bel étage», comme l’appellent les gardes rouges de service.