C’est là, en effet, que se trouvent les autorités. Des couloirs. Des portes numérotées où des gens sans aménité me rabrouent.

A la fin, pourtant, un bureaucrate revêche m’apprend que Sokolnikoff ne reçoit pas ici, mais Caterinsky Canal, 24.

Tout est à recommencer...

Je m’obstine pourtant, et en hâte je vais à cette adresse. Le 24 est une maison de rapport, banale, qui ne ressemble en rien à un ministère. Aucun faste. Aucun luxe. Au premier étage, des bureaux, où une quinzaine de personnes attendent.

C’est une des grandes nouveautés du bolchevisme, que leurs chefs doivent être à la disposition du peuple, accessibles à tous, recevant tous ceux qui veulent les voir, et cela sans recommandation d’aucune sorte.

Il me suffit d’écrire mon nom sur une feuille.

Après une demi-heure d’attente, je suis appelée en même temps que quatre messieurs.

Le secrétaire qui m’introduit a une figure extrêmement déplaisante, le vrai type du nègre blanc. Il ne baragouine le français que péniblement.

Je m’avance, un peu hésitante. Je me rends mal compte. C’est absurde, mais ce milieu, nouveau pour moi, me produit un malaise indéfinissable. J’aurais envie de m’enfuir, comme si des dangers m’entouraient, comme si j’étais en pays ennemi. Il ne doit pas être plus désagréable de se trouver brusquement au milieu d’Allemands.

Il faut m’obstiner pourtant, aller jusqu’au bout de la démarche. Ma situation pécuniaire est en jeu, si impérieuse à cette époque où tout est hors de prix. Comment faire, comment vivre, si je n’aboutis pas?