—Je suis Française!

Mauvais début... Sokolnikoff, dédaigneux, jette un coup d’œil sur ma demande.

Hautain, il déclare:

«—Ce que propose Lounatcharsky pour vous est impossible et contraire à la loi. Je ne puis rien vous donner.»

Alors le sang me monte au visage. En un instant je retrouve tous mes moyens, comme au théâtre. J’aperçois clairement l’homme qui est en face de moi, pâle, guindé, mais très élégant, singulièrement élégant, les mains fines, les cheveux pommadés.

Son expression est à la fois glaciale et railleuse.

Mais je ne me démonte pas pour si peu et j’éclate en protestations véhémentes:

—Je ne suis pas une bourgeoise! Voici trois ans que je travaille dans votre pays, que je vis parmi vous, connue, appréciée, respectée de tous. J’ai eu confiance dans la banque. Je lui ai porté l’argent que je possédais. Cet argent est à moi. Il est indigne de m’empêcher d’en disposer.

Je joue la grande scène du Trois comme on dit au théâtre. Des pleurs mouillent ma voix, des pleurs qui ne sont pas sincères, car, au fond de moi, ce n’est pas supplier, mais insulter que je devrais.

L’homme me regarde, impassible.