Naturellement le gouvernement bolchevik, devant cet exode, fait tout ce qu’il faut pour le contrarier. Les trains ne partent que quand il lui plaît. Le charbon manque.

Vraiment il est peut-être plus sage, tout simplement, de se résigner, pour nous du moins, qui sommes de simples femmes.

Et puis ne faut-il pas demeurer fidèles au poste?

Car, malgré l’approche des Allemands, malgré la désolation générale, malgré la terreur bolchevik, ce soir nous donnons au théâtre Michel la répétition générale des Maris de Léontine.

Ah! si Alfred Capus pouvait se douter des circonstances incroyables dans lesquelles sa jolie comédie est montée!

23 février.

Ça a marché... Ma foi, oui, très bien marché, et quel dommage qu’il ne puisse y avoir un correspondant de journal parisien pour pouvoir, par quelque moyen télégraphique—malheureusement illusoire—envoyer un compte rendu de la soirée!

Je mentirais en disant que le public a été chaleureux. On ne connaît plus les ovations des spectateurs depuis que c’en est fini des chambrées aristocratiques d’avant la guerre, où il était de bon ton d’acclamer les comédiennes françaises, de leur jeter des fleurs.

La clientèle du théâtre est tout autre. Çà et là, quelques Français encore, que nous reconnaissons, mais si soucieux. L’élément «bourgeois» se fait de plus en plus rare, du moins «ancien bourgeois».

La majorité de ce public est formée de boutiquiers que la révolution n’appauvrit pas—au contraire—et qui connaissent suffisamment le français.