La situation des Français devient angoissante de plus en plus. On attend les Allemands d’un jour à l’autre, non pas les officiers isolés cachant leur uniforme ni les commis voyageurs en camelote, mais peut-être des troupes allemandes.

Je suis allée à l’ambassade pour tâcher d’avoir des nouvelles.

Les dépêches du front français ne sont pas bonnes. L’horizon est entièrement sombre.

En ce qui nous concerne ici, c’est l’ignorance et l’incohérence. Une effervescence inouïe règne dans cette maison qu’encombrent, je pourrais dire qu’assiègent, de nombreux Français qui seraient désireux de repartir.

Repartir comment? Hélas!

Des secrétaires, pourtant d’importance, sont en costume de voyage. On sent que leurs bagages sont prêts. Je questionne hâtivement M. de Robien, qui a toujours été si bienveillant, si serviable pour nous tous, mais il reste impénétrable, il ne peut rien dire de précis.

L’ambassadeur, M. Noulens, passe, pressé, soucieux visiblement et entouré d’une foule de gens qui voudraient être renseignés.

Je connais peu l’ambassadeur et il en est ainsi de la plupart de nous.

Il paraît que les bolcheviks refusent les passeports à tous les Français, quels qu’ils soient, et surtout au personnel de l’ambassade.

Et pourtant, dans tous les couloirs, les malles s’accumulent, plus nombreuses, de minute en minute.