Il me semble que personne n’applaudit, ou si peu. La pièce est cependant charmante et nous y mettons toute notre conscience.

J’ai l’impression, surtout, que ce que nous faisons là est ridicule, que jouer la comédie en ce moment ne rime à rien. Si on s’en allait, si on laissait tout en plan! Que signifient ces diamants, ces épaules nues, ce luxe, alors que, dans la rue voisine, les cosaques passent, refoulant des hommes qui gesticulent, écrasant des femmes? Le contraste n’est-il pas excessif?

Daumerie, notre régisseur, est nerveux. L’excellent homme n’a pourtant guère ce défaut, à l’ordinaire. Il nous dit qu’il a entrevu l’intendant des théâtres, Teliakowsky, qui n’a fait qu’une apparition. Ce haut fonctionnaire, dont nous dépendons, nous fait rarement la grâce d’une visite. C’est le type du bureaucrate de cour, inutile et prétentieux. Les pièces sérieuses ne l’intéressent pas. Il ne s’intéresse qu’aux vaudevilles.

Fugitives impressions. Le métier nous reprend. La pièce s’achève dans un bon mouvement, jouée serré.

Déjà en me rhabillant, je me sens davantage d’aplomb.

Le gouvernement va prendre des mesures. Il est impossible qu’il montre une faiblesse, qui serait dangereuse.

26 février.

On se bat toujours sur le Newsky et près de la gare Nicolas. Les blessés, affirme-t-on, sont plusieurs centaines. Qu’est-ce que tout cela va devenir?

La foule demande du pain.

Et, dans cette foule, des voix aussi, des voix nombreuses, demandent la paix.