La paix! Hélas!... On est en pleine retraite du côté de la Galicie. Sur la guerre courent les plus contradictoires rumeurs. Il est impossible d’être renseigné. Les journaux se contentent de donner sèchement les communiqués des Alliés. Mais le bruit circule—que vaut-il au juste?—que les communiqués allemands sont tout différents.
Nous autres, Français, nous sommes atrocement préoccupés.
Le bas peuple, lui, ne se frappe pas de la guerre. Il est trop apathique. Nitchevo. Ce qui le fait ainsi sortir dans la rue, c’est le manque de vivres. Le problème, à ce point de vue, devient angoissant, mais son apathie déconcertante est-elle capable de manifester vraiment?
Contraste pénible, ce problème n’intéresse pas les classes aisées. Elles ont fait, isolément, des amoncellements de vivres dans leurs caves, dans toutes sortes de cachettes.
Je suis allée, en longeant la Newa, prendre le thé à l’hôtel Medwied... Oui, le thé... car il n’y a encore rien de changé dans les hôtels à la mode. Tout y est d’un prix excessif, mais le luxe y continue, et les réunions mondaines sont nombreuses.
Le temps est superbe. Le soleil presque chaud. Dans ce quartier, tout semble relativement calme. Quelques rares coups de feu seulement, au loin.
Mais voilà que brusquement, en passant sur le petit pont qui se trouve près de l’église de la Résurrection et qui longe la caserne, j’entends des cris et je vois un officier reculant devant des soldats qui sortent en brandissant des armes.
N’étant pas en traîneau, j’ai pris ma course à travers le Champ-de-Mars, et j’ai bien fait. Derrière moi éclatait une fusillade.
Hors d’haleine, je me suis réfugiée à l’ambassade d’Angleterre.
Puis, quand le calme est revenu, je suis repartie vers l’hôtel Medwied, où l’on a paru étonné de mon retard.