La vieille recuite de vin
Aux lèvres grimaçantes

extrait de son giron une bandelette versicolore, faite de fils tordus et me la noue autour du col. Ensuite, elle délaye avec son crachat de la poussière qu'elle prend sur le médius et m'en signe le front, malgré ma répugnance:

—Puisque tu vis, il t'est permis d'espérer. Toi, rustique gardien,
Sois avec nous et, rigide Priapus, favorise les nerfs!»

Ce charme ayant pris fin, elle m'enjoint d'expuer trois fois et, trois fois, de jeter dans le pli de ma robe certains cailloux menus qu'elle incante d'abord, puis, entortille dans un ruban de pourpre.

Glissant la main au bon endroit, elle ausculte la vigueur de mon pénis. Bientôt l'organe docile au commandement de la duègne, comble ses mains d'une prodigieuse intumescence. Mais elle, frétillant de plaisir:—Vois, dit-elle, ma Chrysis, vois ce lièvre que j'ai fait lever pour d'autres que pour nous!» [Après cette quérimonie, la vieille me rendit à Chrysis, qui paraissait heureuse de voir que sa maîtresse eût reconquis un si notable morceau laquelle se hâta de m'amener au plus vite chez Circé; puis elle me fit entrer dans un cabinet de feuillage très amène, où la nature avait assemblé, dans une prodigalité magnifique, l'ornement des jardins et le plaisir des yeux.]

Le platane aux branches délicates faisait pleuvoir une ombre estivale,
Et Daphné que ceignent des grappes zinzolines, et le mobile cyprès,
Et les pins émondés jusqu'à leur parasol.
En ce lieu, jouait, avec d'errantes eaux, une cascatelle
Ecumante, dont le jet querelleur taquine le gravier,
O lieu digne d'amour, témoin le sylvestre Aédon
Et Progné citadine qui, s'hébergeant autour du gazon
Et des molles violettes, délectaient de leurs chants les plaines d'alentour.

Etendue à demi, Circé appuyait sur un torus d'or le galbe marmoral de ses épaules, et d'un myrte en fleur agitait l'air paisible. Dès quelle m'aperçoit, elle rougit un peu, sans doute remembrant l'insulte de la veille.

Après avoir congédié ses femmes, elle m'invite à être assis près d'elle, et couvrant mes yeux de sa branche de myrte, plus audacieuse comme par l'interposition d'une paroi:—Eh bien, paralytique, me dit-elle, viens-tu, ce jourd'hui, tout entier?—Tu le demandes, répliquai-je, au lieu de t'en assurer par toi-même.» Et, rué de tout mon corps dans une étreinte qu'elle ne récuse point, je jouis à satiété de ses baisers.

La fleur de son beau corps m'appelle et me conduit à Vénus. Déjà ses lèvres, au donoiement de bouche, ont crépité. Déjà nos mains, parmi les détours et les obstacles, ont inventorié les engins du plaisir. [Mais au milieu de ces préliminaires très soëfs, mon cas se dérobe tout à coup, et je ne peux atteindre aux suprêmes voluptés]. Par une contumélie à ce point manifeste, la matrone verbérée, en désespoir de cause, recourt à la vengeance, appelle ses cubicularius et leur enjoint de me fouailler. Non encore satisfaite d'une injure si grave, elle assemble, avec les quasillariæ, le plus sordide rebut de son domestique, puis leur fait commandement de me conspuer.

D'une main, j'abrite mes yeux sans me dépenser en prières, sachant trop ce que j'ai mérité; ensuite de quoi l'on me jette à la porte, roué de coups et moite de crachats. Prosélénos est de même chassée et Chrysis souffletée. Tout le domestique, effaré, se musse dans les coins demande quel rabat-joie a confondu l'hilarité dominicale. Pour moi, plus tavelé qu'une panthère, grâce à leur ample bastonnade, je dissimule de mon mieux tant d'ecchymoses tracées par les gourdins, ne voulant point de ma déconvenue égayer Eumolpus ou contrister Giton. Un seul expédient sauvegardait mon amour-propre: feindre quelque indisposition. Je recourus à lui.