En ce moment, Judith la servante, apportait sur la table deux énormes bassins remplis de dragées de fiançailles, et plusieurs corbillons, coffrets et valises.

Quand les parens et témoins eurent signé, maître Bonaventure, usant du droit et coutume, baisa sur les deux joues Dina, qui lui présentait un des bassins dans lequel plongeant sa main croche, il retira une grosse provision de dragées. Dina et Aymar se jetèrent dans les bras de Léa et de Judas qui pleuraient de joie, puis ils embrassèrent tous leurs alliés; alors Judith promena les dragées devant l’assemblée, chacun y puisa sans cérémonie et à pleine main; les deux époux offrirent aux femmes et filles d’Abraham Baruch et de Tobie, leurs tantes, cousines et amies, les coffrets de bonbons et d’objets précieux de toilette dont ils leur faisaient gracieusement cadeau, selon l’usage de la ville.

La cérémonie achevée et les félicitations, les protestations d’amour et d’amitié éternels faites, les bons parens se levèrent pour se retirer; il était tard.

—Adieu, mes amis, leur dit Rochegude, adieu, mes bonnes amies, je pars demain pour Montélimart, mon père m’y rappelle tyranniquement, j’espère le fléchir par des instances faites de vive voix à ses genoux, j’espère obtenir son consentement et peut-être revenir bientôt avec lui célébrer, comme il convient, notre mariage et nos noces. A bientôt, que Dieu vous garde la santé du corps et de l’esprit.

—Adieu, seigneur Aymar, adieu, mon ami! adieu, cousin, adieu, neveu! chance heureuse!

—Adieu!

—Vous, maître Bonaventure, attendez-moi, nous partirons ensemble.

—Mes bons père et mère, dit alors Aymar, comme je ne puis demain, avec Dina, faire nos visites de fiançailles, vous voudrez bien m’excuser auprès de nos amis, et leur faire parvenir les dragées et les présens qui leur sont destinés.—Maintenant, il me reste à vous presser sur mon cœur, ainsi que ma Dina, que j’aime tant!

—Ah! pourquoi faut-il que vous nous quittiez, Aymar, restez, restez encore quelques jours!

—Ne pleure pas, Dina, je reviendrai bientôt et je ne te quitterai plus, à tout jamais!