—Reste, reste avec moi! j’ai de funestes pressentimens.
—Folie! ma chère enfant.
—Non, je ressens quelque chose de lointain, de douloureux, qui me fatigue; oh! le ciel ne ment pas à ce point!
—Console-toi, ma bonne fille, disait Judas, qu’est-ce? quelques jours d’attente. Songe à notre père Jacob, qui, chez Laban, son oncle, attendit sept années Rachel qu’il aimait; injustement, au bout de sept années, il ne l’obtint pas; et, sans murmurer, il attendit encore sept autres années; ce n’est qu’après quatorze ans de désirs, de promesses et de labeurs, qu’il reçut le prix de sa constance. Aie courage, ma fille!
—Courage, ma chère! répéta Léa, qui la tenait embrassée et lui baisait ses beaux yeux en larmes.
—Mon père, dit Aymar en s’agenouillant devant Judas, mon père, donnez-moi votre bénédiction!
Judas, imposant alors ses deux mains sur la tête de son gendre, lut plusieurs passages de la sainte Bible, récita plusieurs prières en hébreu, puis ajouta d’une voix haute:—Mon fils, je te bénis au nom du Dieu d’Israël, je te bénis comme Isaac et Ésaü; que ta postérité soit nombreuse, que ta postérité soit un peuple, et que le Très-Haut, Seigneur Dieu d’Israël, habite en toi et ta postérité! Lève-toi, mon fils, tu ne devieras point, car Dieu t’obombrera et marchera avec toi.
Aymar pleurait: il couvrit de baisers les mains et la barbe blanche de Judas, s’arracha des bras de Dina et de Léa qui sanglotaient.
Aymar n’y tenait plus.