—Vous appelez en vain, personne ne viendra; et, d’ailleurs, puis-je pas vous faire taire? j’ai là une provision de cordes et de quoi faire des bâillons.
—Traître! lâche! tuez-moi!
—Je ne m’effraie pas pour si peu; j’ai l’habitude de cela, moi; ce qu’on obtient de gré pour moi est sans valeur, c’est le viol que j’aime!... Aussi, à la dernière guerre d’Allemagne, m’étais-je enrôlé volontaire; et, Dieu sait! que j’y ai semé plus de Français que je n’y ai tué d’Allemands. Vous avez beau vous débattre, la belle, on n’est pas forte! Je ne m’effraie pas, vous dis-je, j’ai l’habitude de cela; je viole une fille comme vous touchez de l’épinette, et je tue, au besoin, comme vous brodez une fraise.
—O mon pauvre fiancé!...
—Ah! ah! à ce qu’il paraît, nous sommes fiancée?.... Très bien! la nuit est sereine, causons: vous êtes fiancée, ma belle vierge?... Votre fiancé s’en passera: ce n’est pas toujours le pêcheur qui mange l’alose; c’est ainsi qu’en ce monde, on ne peut compter sur rien; Guillot bat, et c’est Charlot qui engraine. Oh! que vous êtes charmante, noble dame! que je vous aime! Quelle joie de vous presser dans mes bras! moi, Jean Ponthu, un passeur, un manant, une noble dame!... Oh! si vous vouliez m’aimer!... Voyons, les belles bagues; jolies et de prix, n’est-ce pas? même main que ma Marion. Béni soit Dieu! laissez donc faire, je lui offrirai de votre part....
—Vous me déchirez les doigts!...
—Souvent, quand j’étais soldat, et la nuit en védette, je réfléchissais, et je me disais:—Nous autres paysans, nos sœurs, nos filles et nos femmes sont toujours pour MM. les seigneurs, les nobles, les bourgeois; ce sont eux qui violentent nos amies, et nous autres bétas nous ne faisons jamais rien à leurs femmes, à leurs filles; cela n’est pas juste. Je me disais aussi:—Pourquoi donc nous autres que nous sommes pauvres, et eux autres sont-ils riches?... Ah! par exemple, cela, je n’ai jamais pu me l’expliquer; ce n’est pas juste, est-ce pas? Pour former un garçon et le rendre malin, il n’y a tel que la guerre.
Le charmant collier, les gentilles perles fines! Ma Marion a juste le même cou que vous. Béni soit Dieu! cela se trouve bien. Je lui offrirai de votre part, est-ce pas?...
Vraiment, je suis désolé de dégarnir d’aussi mignonnes oreilles; que je les baise pour la peine! Mais, ma Marion n’a pas de pendans sortables pour la vogue prochaine, et vous sentez bien ... Allons, ne pleurez pas, je lui offrirai de votre part aussi. Mais avec une toilette aussi simple, maintenant, vous ne pouvez garder ces épingles d’or en vos cheveux; je me vois forcé de vous décoiffer ... Oh! vous êtes cent fois plus belle échevelée!