—Pardonnez mon indiscrétion; mais, señor estudiante, vous paraissez penseur et triste comme un amoureux. Votre figure est empreinte d’un chagrin plus profond que celle du caballero desamorado. Vous me navrez de vous voir ainsi.

—Amour! amour!—Me muero por la Mozuela!

—Prenez garde, mon cher jeune homme, prenez garde! écoutez-moi: les conseils d’un misérable sont quelquefois bons à suivre. Sur une chose aussi fragile, aussi mobile, aussi perfide que la femme, ne mettez pas trop d’amour, vous vous perdriez! Ne laissez point prendre en votre cœur la haute place à cette passion, vous vous perdriez! ne la construisez point des ruines des autres, vous vous perdriez! ne faites pour elle abnégation de rien de ce qui peut vous charmer et vous attacher à la vie, au premier choc vous tomberiez à plat. Les femmes ne valent pas de sacrifice.—Aimez comme vous chantez, comme vous montez à cheval, comme vous jouez, comme vous lisez, mais pas plus. Ne comptez sur elles pour rien de stable, de noble et de pur, vous seriez trop amèrement déçu. Pardonnez-moi si je vous dis tout cela: ce n’est pas pour arracher vos illusions de jeunesse et vous faire vieux et blasé, c’est pour vous sauver bien des traverses, bien des abîmes. En ce cas, les conseils d’un misérable sont souvent dignes d’être entendus et suivis, surtout quand ce misérable a été fait misérable par celles en qui vous déposez votre seule foi et votre vie; on se fait son destin.—Comme vous, j’ai cru, je me suis donné, je me suis perdu! j’ai été jeune et brillant comme vous: prenez garde! ce sont elles qui m’ont fait exilé, bateleur et valet.

—Oh! ne craignez pas cela pour moi, mon brave: quand l’amour, seul câble qui amarre encore ma barque au rivage, sera rompu, tout sera dit; je me tuerai!...—Ami, arrêtez! arrêtez! nous allons passer la maison: C’est ici, là, à cette porte, s’écria alors Passereau, glissant un écu dans la main de l’incombustible et se jetant hors du cabriolet.

--Viva Dios! Señor estudiante, es V. m. d. muy dadivoso, muy liberal! Dios os guarde muchos años.

Caballero, vous vous souviendrez bien de Martinez le Calesero et du numéro de son carrosse?

—Si, si!

Le seigneur étudiant entra dans la maison désignée, et Martinez, tout jovial, s’en retournait chantant moitié castillan, moitié gitano, ce bizarre couplet:

Cuando mi caballo entró en Cadiz
Entró con capa y sombrero,
Salieron a recibirlo
Los perros del matadero,
Ay jaleo! muchachas,
Quien mi compra un jilo negro.
Mi caballo esta cansado...
Yo me voy corriendo.

Avec la gravité d’un sénateur ou d’un huissier agréé près le tribunal, Passereau, tête baissée, monta l’escalier.