—On me le dit souvent.
Passereau avait l’aspect étrange et le teint méridional; la garde bourgeoise lui trouvait même l’air dangereux pour une monarchie; et, dans les temps de troubles civils, plusieurs fois il avait été arrêté et emprisonné pour crime de promenade et port illégal de tête basanée.
—Au moins, señor, vous avez habité l’Espagne, vous hâblez castillan.
—Ni l’un ni l’autre.
—Qui n’a pas vu l’Espagne est aveugle, qui l’a vue est aveuglé.—Señor, avez-vous le désir d’y faire un voyage?
—J’en brûle, mon brave, mais je n’ose: j’ai peur d’y laisser le reste de ma raison, j’ai peur d’y tuer l’amour de la patrie. Je sens qu’après avoir été l’hôte de Cordoue, de Séville, de Grenade, je ne pourrai plus vivre ailleurs. España! España! España! comme la tarentule, ta morsure rend fou!...
Mais, vous, mon brave, vous êtes Espagnol, et vous avez quitté l’Espagne?
—Non, señor, je suis don Martinez de Cuba.
Ce Martinez, c’était l’homme incombustible, qu’au jardin de Tivoli on avait, pendant quelque temps, montré dans un four. Après avoir promptement rassasié la curiosité de la ville, il fallait vivre; le pauvre homme s’était fait conducteur de carrosse.
Et Passereau se trouva fort émerveillé de rencontrer en si mauvais point cette célèbre salamandre.