—L’amour!—Mais qu’est-ce donc que l’amour?—On l’a poétisé à l’usage des niais.—Un grossier besoin périodique, une loi criarde de la nature, de la nature éternelle qui reproduit et multiplie, un penchant brutal, un charnel croisement de sexe, un spasme! rien de plus! Passion, tendresse, honneur, sentiment, tout se résume en cela.

—Quel odieux langage!

—Hier, je ne parlais pas ainsi; hier, j’étais encore abusé, mais bien des voiles sont tombés de mon front depuis hier; personne n’a été plus que moi plein d’illusions et de croyances, personne n’a été plus sentimental que moi.—Plus le rêve a été grand et beau, plus le plat réveil est douloureux.—Hier j’étais sensible, aujourd’hui je suis féroce.—J’aimais de toutes les puissances de mon être une femme. Je croyais qu’elle avait pour moi de l’amour, elle me jouait! Je la croyais candide, elle était vile et basse! Je la croyais naïve, céleste, pure, elle était prostituée! ô rage! Et l’amour seul, l’amour pour cette femme me retenait en ce monde!

—Je conçois votre chagrin, mais tout cela n’a rien de grave. C’est une des mille aventures de jeune homme qui vous arriveront; ne prenez pas l’habitude de vous tuer à chaque. Je ne vois rien là-dedans qui puisse vous entraîner au suicide. Je sais qu’une déception est souvent bien douloureuse; mais un jeune homme, fort et penseur comme vous, doit surmonter de plus grandes adversités. Ceci n’est qu’un enfantillage, et si l’on doit revivre après cette vie de ce monde éteinte, assurément, vous seriez très honteux, quand vous auriez retrouvé l’existence et le sang-froid, de vous être sacrifié pour si bas et pour si peu.

—Comme je vous le disais tout à l’heure, ce n’est pas seulement depuis cette catastrophe que j’ai résolu de quitter la vie; l’amour seulement retardait l’accomplissement de mon dessein. Je ne dis pas même que si j’eusse mieux rencontré, que si j’eusse trouvé une femme digne et fidèle, que mon projet ne se serait pas à la longue évanoui. Mais, aujourd’hui, tout est changé, j’ai juré d’en finir; un serment est irrévocable.

—Vous voyez bien que j’avais raison de vous croire en démence.

—En démence!... Dites-moi donc alors, vous qui avez la raison en partage, ce que nous faisons sur cette terre? à quoi bon? pourquoi y sommes-nous? et que sommes-nous, nous-mêmes, misérables orgueilleux sinon les passibles moyens de la reproduction et de la destruction.

—Vous êtes en démence!

—Mais tout ceci n’est que digression, revenons au sujet de ma visite:—Je vous supplie donc de nouveau d’obtempérer à ma demande, je vous tiendrai compte de tous vos frais.

—Quelle demande? Décidément que désirez-vous?