Regarde autour de nous ces masses immobiles
Ignorant de l’amour les doux embrassemens,
Ou de l’ambition les beaux emportemens,

Êtres incomplets et débiles!

N’ont-ils pas plus que nous droit d’accuser le ciel,
Ceux qui, jetés tous nus sur cette route aride,
De leurs lèvres de feu, pressent la coupe vide,

Ou n’y rencontrent que du fiel?

Et toi, tu te plaindrais (quand, tout plein de jeunesse,
Tu bondis libre et fort comme un brave coursier),
De quelques jours de deuil que te font oublier

Les doux baisers d’une maîtresse.

Que veux-tu donc de plus demander pour ta part?
Amour, gloire, amitié, t’échoiront en partage,
N’est-ce donc pas assez pour charmer le voyage?

La fortune viendra plus tard!

En avant, en avant! courage brave Pierre!
Porte ta lourde croix par les vilains chemins,
Sans montrer aux regards tes genoux et tes mains,

Meurtris sur les angles de pierre.