—Passereau, tu me fais trotter comme une mulle. Je suis très fatiguée.

—Asseyons-nous.—Est-il un plus grand bonheur que tu saches que le désert à deux, surtout la nuit? N’entendre rien dans les ténèbres qui vous environnent; n’avoir que des broussailles et des pierres autour de soi; et, dans ce silence profond, écouter les palpitations d’un cœur qui répond aux battemens du vôtre, d’un cœur qui ne palpite que pour vous! Au milieu de toute cette morne et indifférente nature presser dans ses bras un être tout de feu, pour lequel on a oublié tous les autres, qui vous enivre des baisers de sa bouche amère et condamnée à tout autre! qui vous endort sous ses caresses magnétiques!

—O mon Passereau, c’est une pamoison! J’ignorais tout le charme du silence des champs; c’est la première fois que, sous le ciel, je cause d’amour avec celui que j’aime.—Tu sais, nous nous tenions toujours enfermés; oh! que cela vaut mieux que quatre murailles!

—Si l’un à l’autre fidèles nous vieillissons, quand nous serons proches de la tombe, avec quelle joie nous compterons cette nuit dans nos belles souvenances; car notre liaison n’est pas une liaison d’un jour.

—Union, constance pour la vie!

—Avant peu, mon oncle, mon tuteur, va me rendre compte de mes biens et m’émanciper: aussitôt, ma belle, que je serai libre, nous irons demander à la loi qu’elle nous unisse, et si ma parenté venait à s’enquérir de ta dot, j’énumérerai tes vertus.

—Tu me combles de joie! que de générosité pour une pauvre femme qui ne sait que t’aimer!—Oh! que ce jour vienne tôt! Il me tarde que nous habitions ensemble.—Ne me caresse pas ainsi. Passereau, je me meurs, tu vas me tuer!

—Te tuer, belle homicide! ce serait grand dommage.

—Oui! car c’est une chose rare qu’une femme qui vous aime pour vous, rien que pour vous.